La digestion de l'amidon commence dans la bouche, avant même la première bouchée avalée. Une enzyme, l'amylase salivaire, attaque les longues chaînes d'amidon dès la mastication. Or, tout le monde n'en produit pas la même quantité, et la raison est inscrite dans une particularité génétique étonnante.
Un gène qui se compte, au lieu de se lire
La plupart des variants génétiques sont de simples changements de lettre dans l'ADN. Le gène AMY1, qui code l'amylase salivaire, est différent : ce qui varie, c'est le nombre de copies du gène. Là où une personne possède 2 copies, une autre peut en avoir 10, 15 ou davantage. Plus vous avez de copies, plus vous produisez d'amylase dans la salive.
Une étude fondatrice de Perry et collègues (2007) a montré que les populations dont l'alimentation traditionnelle est riche en amidon possèdent en moyenne plus de copies d'AMY1 que celles dont le régime en contient peu. C'est l'un des premiers exemples documentés de sélection naturelle agissant sur le nombre de copies d'un gène, façonnée directement par l'alimentation.
Plus de copies, meilleure digestion de l'amidon
Le nombre de copies d'AMY1 est corrélé positivement au taux d'amylase dans la salive : davantage de copies signifie une dégradation de l'amidon plus précoce et plus efficace. À l'inverse, un faible nombre de copies a été associé, dans certaines études, à un indice de masse corporelle plus élevé, bien que les résultats restent débattus.
L'interaction gène-régime, au cœur du sujet
L'effet d'AMY1 ne se comprend qu'en tenant compte de ce que vous mangez. Dans la cohorte Malmö, l'association entre apport en amidon et marqueurs de l'insuline était nettement plus favorable chez les personnes possédant 10 copies ou plus. Autrement dit : un régime riche en féculents n'a pas le même effet métabolique selon votre dotation en AMY1. Même assiette, réponses différentes.
Ce que cela signifie concrètement
Vous ne pouvez pas changer votre nombre de copies, mais vous pouvez adapter votre approche des glucides :
- Privilégiez les glucides à digestion lente (légumineuses, avoine, grains entiers) plutôt que l'amidon raffiné, surtout si vous tolérez mal les pics de glycémie.
- Mastiquez longuement : l'amylase salivaire n'agit que pendant la phase orale, une mastication prolongée maximise son action.
- Associez l'amidon à des fibres, des protéines ou des lipides pour ralentir l'absorption du glucose.
Cette variabilité de réponse aux féculents illustre exactement ce que la nutrigénétique cherche à personnaliser. Votre profil FuelYourDNA examine les gènes clés du métabolisme des glucides et de la sensibilité à l'insuline pour affiner vos recommandations, au-delà des conseils nutritionnels universels.
Références scientifiques
Les études scientifiques citées sont publiées en anglais dans des revues à comité de lecture.
- Perry GH, et al. (2007). Diet and the evolution of human amylase gene copy number variation. Nature Genetics, 39(10), 1256–1260. PubMed 17828263
- Carpenter D, et al. (2015). Obesity, starch digestion and amylase: copy number variants at AMY1 and AMY2. Human Molecular Genetics, 24(12), 3472–3480. DOI 10.1093/hmg/ddv098
- Koder Hamid A, et al. (2021). Interaction between AMY1 copy number variation and starch intake on glucose homeostasis (Malmö Diet and Cancer Cohort). Frontiers in Nutrition, 7, 598850. DOI 10.3389/fnut.2020.598850
- Janiak MC, et al. (2019). Independent amylase gene copy number bursts correlate with dietary preferences in mammals. eLife, 8, e44628. PubMed 31084707